Category Archives: Contenus numériques

Qu’achète-t-on vraiment ?


Dans le domaine de l’immatériel, la question mérite vraiment d’être posée et l’actualité de Google (via TechCrunch) est là pour le rappeler.


Un peu plus d’un an après le lancement de son offre de VOD, la société a décidé d’y mettre un terme, les résultats commerciaux n’étant probablement pas au rendez-vous. Jusqu’ici rien de plus banal, à part que les clients de ce service se sont vus notifier qu’ils n’auront plus la jouissance des vidéos qu’ils ont légalement achetées ou louées. En (maigre) compensation, Google leur propose un bon d’achat de 5 $ valable auprès de ses partenaires commerciaux et utilisable seulement pendant 60 jours.


Une fois de plus, il s’avère que les clients de Google Video n’ont pas acheté un objet (aussi virtuel soit-il) dont ils sont supposés devenir les propriétaires, mais seulement un droit d’accès. En avaient-ils conscience ? Tant que le service est pérenne, l’illusion de la propriété est bien présente mais les DRM sont là pour y mettre un terme le moment voulu. La même mésaventure est arrivée aux clients de Cytale. Ils ont eu la certitude d’acquérir des livres numériques de la même manière que des livres imprimés, c’est-à-dire avec la possibilité d’en user (et abuser) selon leurs propres souhaits et surtout de manière définitive. L’arrêt des activités de la société française a intégralement douché ces aspirations. Il est certain que si les quelques clients du pionniers français avaient vraiment eu conscience qu’ils achetaient un simple droit d’accès dont la durée de vie dépendait de celle de l’entreprise qui leur octroyait, leur perception des avantages du produit et leur consentement à payer pour l’acquérir auraient été forts différents.


Désormais, les consommateurs sont peut-être plus au fait de ce genre de détail qui fait toute la différence, mais l’exemple de Google montre que certains peuvent encore se faire piéger. Il reste que ce flou, fréquemment entrenu par les entreprises, sur la nature de ce qui est acheté est largement préjudiciable aux intentions d’achat en matière de biens culturels numériques. Tant que les choses ne seront pas éclaircies et n’offriront pas de garanties quant à la satisfaction du client, les systèmes en dehors des circuits marchands auront encore de beaux jours devant eux.    


   


 


 

Continue reading

Posted in Contenus numériques, DRM, Modèles économiques, Page principale, Uncategorized | Leave a comment

La première station d’un long chemin de croix ?


L’image peut paraître un peu radicale, mais ces dernières semaines laissent vraiment à penser que les industries de contenus culturels sont à la croisée des chemins…


Comme je l’avais déjà évoqué dans un post précédent, le droit d’auteur commence à faire l’objet d’une remise en cause dont on peut espérer qu’elle aboutira à un équilibre enfin consensuel. Mais ce changement n’interviendra pas à mon avis immédiatement. Avant cela, il faut que certains acteurs industriels, ceux qui ont aujourd’hui le plus de poids, décident vraiment de s’engager dans une voie d’ouverture aux multiples évolutions de rupture que le domaine connait actuellement. Cette voie, pour le moment, leur reste encore largement contre-intuitive car opposée à leurs intérêts stratégiques et commerciaux conventionnels. Je crains que sans cet effort à court-terme contre-nature, les faits ne les rattrapent irrémédiablement jusqu’à une mise en croix qu’ils auraient pu éviter.


Il ne faut évidemment pas mettre tout le monde dans le même panier. Preuve en est certaines rumeurs et déclarations qui pourraient révéler un début d’inflexion de la part de certains acteurs économiques dans leur appréhension des futurs marchés de la culture numérique. L’excellent site Ratiatum en a fait l’écho durant ces dernières semaines. Celles-ci portent principalement sur la question des DRM. Après que certains distributeurs français (Fnac et VirginMega) aient déclaré vouloir vendre de la musique sans DRM (du simple mp3), c’est-à-dire des fichiers parfaitement opérables, c’est au tour d’une major d’envisager abandonner les verrous numériques. Même si tout cela reste au conditionnel car sous le sceau de l’anonymat, une telle décision ferait autant de bruit que celle d’Universal d’admettre un financement de la musique dématérialisée par la seule publicité (voir mon post sur Spiral Frog) ou celle beaucoup moins médiatisée d’EMI. Ne crions pas cependant victoire trop tôt, car si ce mouvement de “libération” se généralise auprès des éditeurs/producteurs, il est loin d’être évident que les constructeurs de matériel de lecture s’en laissent compter. Rappelons que des acteurs tels que Apple fondent leur business model sur la logique des formats propriétaires, en particulier dans le domaine des DRM. Leur conception des affaires reste que le meilleur moyen d’en faire, des affaires, est de rendre très captive sa clientèle. Et alors quoi de mieux que de créer des chasses gardées desquelles les clients auront du mal à s’échapper sans coût ? De la même manière, l’industrie informatique n’a probablement pas dit son dernier mot tant que le marché des protections techniques promet d’être juteux. Ainsi, un consortium a récemment conseillé fallacieusement d’abandonner les DRM actuels … pour les remplacer par des techniques de watermarking (tatouage invisible des fichiers numériques). Bref, la partie est loin d’être gagnée pour les consommateurs qui n’aspirent qu’à profiter sans trop de contraintes des oeuvres culturelles qu’ils ont légalement achetées. Il n’empêche que l’état d’esprit change, mais on sent bien que tout cela se fait de manière peu enthousiaste et que les résultats inquiétants de cette année poussent les majors à réviser sensiblement leur position. Mais cela sera-t-il suffisant pour reprendre la main ?


A mon humble avis, cela ne sera pas suffisant. Car le public s’est approprié les innovations liées aux NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, pour les lecteurs rétifs aux acronymes) d’une manière quasiment irréversible. Par définition, la technologie est neutre, elle devient ce que chacun en fait. En l’occurence, un nombre croissant de gens utilise les opportunités de la dématérialisation de telle manière que les oeuvres culturelles deviennent désormais des biens publics. Et qui dit bien public dit nécessairement gratuité. De plus en plus de voix s’élèvent pour faire admettre ce qui devient de jour en jour une évidence. C’est le cas notamment de Jacques Attali (co-fondateur de Cytale) qui l’a rappelé lors du dernier Midem.


Cette nécessité de la gratuité ne revient cependant pas à abandonner toute idée de financement de la création. L’année dernière la solution de la licence globale avait fait débat mais avait eu au moins le mérite de proposer une solution alternative. Elle ne convenait pas aux acteurs économiques établis tant cela remettait en cause leur position et leur rôle au sein de filières industrielles bien rôdées. Mais la vague irrépressible de la gratuité va les contraindre à proposer eux-mêmes des solutions viables, faute de quoi ils ne manqueront pas de se retrouver rapidement hors-jeu. Les infléchissements que je viens d’évoquer au sujet des DRM ne suffiront pas à assurer leur transfiguration (je persiste dans le registre biblique). Ce qu’il leur faudra c’est à mon sens l’invention d’une nouvelle relation avec leur clientèle, relation qui s’établira au centre de la notion de service. Service dans lequel les contenus bruts ne seront qu’un élément annexe dans une relation marchande riche et renouvellée.  En l’absence d’une rapide construction de tels modèles réellement novateurs, tout laisse à penser que les industries culturelles, frappées de plein fouet par la révolution numérique, n’en sont qu’au début d’un long chemin de croix. Chemin au bout duquel la résurrection est loin d’être assurée.

Continue reading

Posted in Contenus numériques, DRM, Droit d'auteur, Editeurs numériques, Modèles économiques, Page principale, Uncategorized | 5 Comments

Les premiers Echos francophones de l’encre électronique


Photo de Jean-Michel Billaud – http://billaut.typepad.com/jm/


C’est désormais officiel, le quotidien de presse économique Les Echos lancera son offre numérique dans quelques semaines, probablement en avril (via Clubic).


Pour cela, il a établi un partenariat pour la partie “tablette de lecture” avec le constructeur chinois Prime View International qui lui fournira en marque blanche un livre électronique disposant de la technologie encre électronique. Il est à noter que ce dernier sera assemblé par la toute jeune entreprise française Ganaxa. Peu d’informations ont filtrées sur les caractéristiques de la machine. Elle serait dotée d’une double batterie (l’une destinée à la lecture, l’autre à la connexion) lui permettant une autonomie de 8500 pages. Ce sera aussi une machine ultra-communicante dans la mesure où elle intègre pas moins que le wi-fi, le bluetooth et le GPRS.


Car l’ambition des Echos est de fournir à ses futurs clients un service de remise à jour en temps réel. Ambition qui ne peut se concevoir qu’avec les technologies adéquates. C’est une des raisons pour lesquelles le modèle de livre à encre électronique de Sony, apparemment longtemps pressenti, a été écarté. En revanche, il sera probablement possible d’utiliser d’autres livres électroniques compatibles avec ce type d’exigence (par exemple l’iLiad d’Irex).


Du point de vue des contenus, Les Echos semblent se diriger vers une offre résolument multimédia. Ils prévoient ainsi de mêler contenus de l’édition papier et de leur site internet, mais aussi les cours de bourse en direct, des podcasts ainsi qu’un lexique (présent sur une carte mémoire). Nous avons donc à faire à un projet qui table sur un accès dynamique à l’information, ce qui mérite d’être souligné. Cette offre va en effet au-delà de la simple mise à disposition de contenus mais semble pencher vers une logique de service. Si celle-ci apporte de la valeur ajoutée aux consommateurs, ne doutons pas qu’il y aura des clients.


Justement en parlant de valeur, quid du modèle économique envisagé ? L’entreprise de presse a opté pour un modèle de l’abonnement, tout en concédant que des revenus publicitaires viendront en appoint. Du point de vue des coûts pour les lecteurs, les choses semblent encore assez floues. Pour la première année, les abonnés devront s’acquitter d’un montant de 500 € comprenant l’accès aux contenus numériques ainsi que l’achat du livre électronique. Cependant, rien n’est précisé quant à la seconde année qui ne concernera plus que la seule consommation éditoriale. Espérons que leurs prétentions resteront raisonnables, au risque une nouvelle fois de passer à côté de leurs clients … Car s’il y a un secteur de l’édition pour lequel le numérique constitue une réelle et immédiate opportunité, c’est bien celui de la presse qui est désormais en concurrence frontale avec l’internet.

Continue reading

Posted in Contenus numériques, Editeurs numériques, Livres électroniques, Modèles économiques, Page principale, Uncategorized | 5 Comments

Google entrerait-il dans la danse ?


Décidemment l’édition numérique suscite encore de nombreuses vocations parmi les acteurs industriels. A l’instar d’Amazon, Google s’apprêterait à lancer une librairie numérique (via Mobile Read). Celle-ci serait l’extension de son service tant décrié “Google Book Search”. En effet, il s’agirait de prolonger la consultation on-line d’une portion d’un ouvrage, au centre de ce service gratuit, par l’achat d’un accès à l’intégralité du contenu.


Google envisage ainsi de développer une offre commerciale selon la logique de l’accès pur. Les futurs clients de cette librairie numérique n’achèteront donc pas un droit de propriété (comme lorsqu’ils achètent un livre papier dans une librairie physique) mais seulement un droit d’accès. Comme je l’ai déjà évoqué, la différence est loin d’être anodine. La FAQ proposée par Google à ses partenaires éditeurs stipule effectivement bien que la consultation des contenus ne se fera qu’on-line. Ainsi, il ne sera pas possible de sauvegarder tout ou partie d’un titre (aux fins de faire une copie privée ou encore de pouvoir le lire loin d’un accès internet). La clientèle visée par le géant de l’internet serait principalement les possesseurs de terminaux mobiles (type PDA ou Blackberry) et les négociations qui ont débutées avec les éditeurs ne concernent que le territoire américain et britannique.


Il  reste à découvrir selon quelles modalités tarifaires ce modèle de l’accès sera proposé. Car, à nouveau, pour que le succès d’une entreprise soit possible, Google devra s’attacher à proposer une réelle valeur pour ses potentiels clients (malgré les restrictions et les transformations que comporte la logique de l’accès) tout en tenant compte des intérêts financiers et stratégiques des éditeurs. Toujours le même dilemme, consistant à ménager la chêvre et le chou, qu’aucun acteur du tout jeune secteur de l’édition numérique n’a encore réussi à surmonter pour créer enfin les conditions nécessaires à l’émergence d’un véritable marché des livres numériques. Google étant loin d’être un acteur négligeable, c’est une affaire qu’il faudra naturellement suivre de près …

Continue reading

Posted in Contenus numériques, Editeurs numériques, Modèles économiques, Page principale, Uncategorized | 3 Comments

La roue tournerait-elle ?


Nous sommes toujours en attente du décret d’application de la loi DADVSI. Tant que celui-ci n’est pas publié, la loi en question reste lettre morte. Annoncé en septembre, puis en octobre et enfin fin novembre, ce décret semble devenir une arlésienne. Aurait-on pris conscience de son inapplicabilité tant du point de vue technique que politique ?


En tout cas, nos voisins d’Outre-Manche semble admettre qu’il est temps de retrouver le sens de l’équilibre qui caractérisait jusque-là les législations sur la propriété intellectuelle et artistique. Equilibre désormais sacrifié au profit d’une sphère industrielle trop souvent crispée sur ses acquis et cherchant à préserver des intérêts que la révolution numérique met à mal. Le rapport Gowers (ici pour les anglophones), commandé par les parlementaires britanniques, tente de remettre les pendules à l’heure.


Tout d’abord, il est rappelé dans ce rapport que la propriété intellectuelle devient l’un des actifs les plus importants dans les économies modernes et qu’en ce sens il convient de renforcer sa protection. Il s’agit de ne pas freiner l’innovation des entreprises en leur empêchant de récupérer le fruit de leur investissement en capital cognitif (production de connaissance, de concepts et naturellement oeuvres intellectuelles et artistiques). Il faut donc garantir aux entrepreneurs/créateurs la possibilité de retirer des revenus de cette production intellectuelle. 


Cependant, le rapport souligne aussi que cette protection doit être équilibrée. Elle ne doit pas limiter de manière illégitime l’accès aux contenus pour les consommateurs mais aussi pour des entreprises souhaitant s’appuyer sur des innovations précédentes (“by standing on the shoulders of giants”). Il réaffirme ainsi un droit/exception à la copie privée. Bon rien de révolutionnaire non plus, car cette proposition n’ouvre pas les vannes de téléchargements gratuits devenus légaux. Le rapport préconise simplement le droit aux consommateurs de pouvoir passer d’un format à un autre (par exemple, un CD dûment acheté vers un fichier mp3), opération qui nécessite une copie que l’on pourrait qualifier de technique. Un pas vers le contournement des DRM aux fins d’interopérabilité ?


Le rapport est encore plus généreux pour ce qui est des exceptions accordées, notamment au secteur de l’éducation et aux bibliothèques, aux fins d’archivage, de recherche et d’enseignement. Exceptions que DADVSI a eu du mal à octroyer et dans des conditions plus qu’imparfaites … De la même manière, il semble prendre acte des nouvelles pratiques de co-création (j’en parlerai dans un prochain post) en autorisant, sous certaines conditions, l’adaptation et la transformation d’oeuvres existantes. Enfin, le rapport envoie un signal fort aux gourmands détenteurs de droits cherchant sans cesse à augmenter la durée de protection des oeuvres. Il préconise en effet de ne pas modifier, au contraire des Etats-Unis, la durée prévue dans l’Union Européeenne. Allonger cette durée serait préjudiciable à la fois aux consommateurs et aux créateurs.


En bref, un rapport qui respire souvent le bon sens, du moins beaucoup plus qu’en France où les parlementaires en charge du dossier ont semblé être un peu trop sensibles aux arguments de certains… au détriment de tous. Ce rapport est dans la continuité de ce que s’apprête à faire les Australiens. Ni plus, ni moins que de limiter les protections juridiques dont jouissent les protections techniques (DRM) pour privilégier l’interopérabilité, l’archivage, la vie privée et autres droits que ces systèmes tentent à contourner.


Mais il semblerait que la France connaisse aussi le doux souffle de ce vent contraire. Cette semaine a été publié un rapport commandé par le Ministère de l’Economie sur l’immatériel. Tout comme son homologue britannique, le rapport Lévy fustige largement cette préférence pour un statu-quo protectionniste au profit des positions industrielles acquises. Il plaide pour une plus grande souplesse de la protection des oeuvres intellectuelles et artistiques, souplesse favorable à la libération d’innovations nombreuses et latentes. Le rapport préconise notamment de ne pas modifier la durée de protection des droits dont un allongement ne se justifierait pas du point de vue collectif. Comme le regrette Ratiatum, le rapport Lévy n’avance cependant pas de propositions concrètes et opérationnelles. Peu de chance alors qu’il remette en cause les fondements de DADVSI, dans l’hypothèse où la loi serait appliquée. Quoiqu’il en soit, c’est son esprit qui est remis en cause et le rapport légitime en partie les arguments de ceux pour qui cette loi est le fer-de-lance d’un combat d’arrière-garde.


Aux vues de tout cela, il n’est pas déraisonnable de se demander si finalement les lois et dispositions de type DADVSI ne seraient pas de simples péripéties. Et que le mouvement de reconfiguration du rapport des acteurs avec les oeuvres intellectuelles et artistiques est irrésistible. En définitive, tout reste encore à inventer et à discuter, pour enfin aboutir à un accord commun, synonyme du développement des échanges, notamment autour des livres numériques…


 

Continue reading

Posted in Contenus numériques, DRM, Droit d'auteur, Page principale, Uncategorized | 5 Comments

Sus à la “Tour d’eBabel” !


La multiplicité des formats (une vingtaine dénombrés à ce jour) est souvent présentée comme un frein à une adoption massive des livres numériques. C’est effectivement un obstacle majeur, bien qu’il ne soit pas le seul. Les remarques qui suivent sont autant valables pour ce qui est du foisonnement de formats de protection technique (DRM). Les livres numériques que vous achetez sont des objets définitivement prisonniers d’une Tour de Babel numérique (l’expression n’est pas de moi …mais de David Rothman du blog Teleread) et à tout instant menacés d’obsolescence.  


D’une part, les consommateurs n’ont aucune garantie que le livre électronique, chèrement acquis, leur permettra de s’approvisionner auprès de n’importe quelle librairie numérique. A l’exception du Bookeen (spin-off du Cybook de Cytale), tous les modèles actuellement commercialisés font usage de formats strictement propriétaires. Les fabricants suivent en cela la stratégie industrielle chère notamment à Apple, l’objectif étant de “locker” le client et s’assurer une relation commerciale suffisamment longue. Car pas question de changer de fournisseur sans que cela ait un coût. En l’occurrence, le coût est ici proportionnel au nombre des ouvrages numériques, acquis dans un format donné, qui s’avèrent illisibles lorsque vous changez de marque de livre électronique. D’autre part, en plus de cet inconvénient majeur, aucune garantie n’est offerte aux consommateurs quant à la pérennité de l’accès à leur collection de livres numériques. Les clients de Cytale ou encore de Gemstar n’avaient probablement pas prévu que l’arrêt de l’activité de ces sociétés entraînerait une version moderne de l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie. En bref, avec des formats propriétaires, les consommateurs hardis font un pari très risqué sur le long terme, celui de la constitution d’une bibliothèque éphémère car frappée d’obsolescence.  


Tout le monde ne peut que convenir que la réponse à ce double problème reste l’adoption d’un standard universel ou du moins d’un format pérenne. Pour cela, le développement d’une solution ouverte (open source) reste une voie à privilégier. C’est celle qu’a choisi Osoft en proposant le logiciel de lecture dotReader. Celui-ci est centré autour du format XML qui est non-propriétaire et désormais largement utilisé pour le web et les documents numériques. Le dotReader est en particulier compatible avec le format ouvert OpenReader (basé sur le XML) développé par un consortium à visée non lucrative. Ce logiciel autorise l’intégration d’un système de protection des contenus annoncé comme souple et ouvert pour les éditeurs et les lecteurs. Par exemple, les droits d’accès sont octroyés à un utilisateur et non à une machine. Cela signifie que si vous changez de livre électronique, pas de risque d’être obligé de racheter le droit d’accès à un ouvrage. Du point de vue des éditeurs, la gestion des DRM leur revient de plein droit et Osoft ne demandera qu’un faible pourcentage de la vente au titre de rémunération.  


L’initiative est louable et la lecture de livres numériques avec ce logiciel semble être une expérience agréable. Osoft ne le propose pour le moment qu’en version bêta. Espérons donc que l’expérience se prolongera et que la société parviendra à convaincre suffisamment d’éditeurs pour qu’enfin un standard ouvert finisse par s’imposer dans l’édition numérique. Car une telle expérience avait déjà été tentée par l’Open eBook Forum avant d’être phagocytée par certains acteurs industriels majeurs aux intérêts incompatibles avec cette nécessité de l’ouverture…

Continue reading

Posted in Contenus numériques, Editeurs numériques, Livres électroniques, Page principale, Uncategorized | 5 Comments

Des modèles économiques révolutionnaires ?


Les vacances de certains acteurs majeurs ont semblent-t-elles été bien studieuses. Preuve en est les toutes récentes annonces de la major Universal  et du fournisseur d’accès à Internet AOL.


Le premier se lance dans une formule qui se présente comme innovante (mais qui a déjà été envisagée, notamment par certains pionniers de l’édition numérique) : l’accès gratuit financé par la publicité. En partenariat avec Spiralfrog, l’éditeur de musique va proposer une plate-forme de téléchargement, à partir de décembre 2006 (pour le moment aux Etats-Unis et au Canada), où la gratuité se paiera par la vision incontournable de pubs. Les modalités de cette “contrainte” n’ont pas été dévoilées (d’incessants et irritants pop-up en perspective ?). Universal entend par là détourner les internautes de la voie du “tout gratuit” (1 téléchargement légal pour 40 illégaux) tout en prenant bonne note que ces derniers ne sont pas forcément disposés à systématiquement mettre la main à la poche. D’où cette troisième voie où cela sera un peu de leur “temps de cerveau” qui sera mis à contribution pour préserver le financement des artistes et de la filière. Se pose encore une question fondamentale : quid de l’offre de contenus musicaux numérisés ? Aura-t-on le droit a du simple streaming, à des fichiers DRMisés ou le titre durement acquis à la sueur de nos yeux et de nos oreilles le sera-t-il définitivement ?


L’attaché de presse de Spiralfrog a déjà apporté quelques éléments de réponse (via Techcrunch). Les fichiers téléchargés ne seront transférables que sur un ordinateur et deux appareils portables et passeront par l’environnement Windows Media Files (spéciale dédicace aux nombreux utilisateurs d’iPod…). Plus intéressant, les fichiers ne seront utilisables que si le client se connecte au moins une fois par mois pour voir le système de pub au centre de ce dispositif économique. En bref, vous n’êtes pas en réalité propriétaire de vos titres musicaux, uniquement les locataires et encore si vous possédez les bonnes clés (lecteurs MP3 compatibles). La gratuité a définitivement un coût et pas que du côté des offreurs… Saluons tout de même une stratégie marketing qui semble être plus à l’écoute de ses clients potentiels pour qui la gratuité devient de plus en plus naturelle.


AOL fait preuve d’une même attention mais adopte un chemin quelque peu différent. Avec le portail de téléchargement Aolmusicnow, le FAI nous fait le coup de l’illimité au forfait. Avec une offre de plus de 2.5 millions de titres (composés essentiellement du catalogue Sony BMG Music) et d’un millier de vidéo clips, la plate-forme fait pâle figure comparé aux solutions actuelles de P2P mais l’initiative a le mérite d’apporter une alternative aux modèles éculés de l’exemplaire. Reste une fois de plus le problème de l’interopérabilité, AOL ayant fait le choix du DRM propriétaire de Microsoft (PlayforSure). L’offre forfaitaire se décline en trois formules principales :


- pour 4.95 $/mois : accès illimité aux streamings de la chaîne AOL Radio


-  pour 9.95$/mois : accès illimité aux téléchargements et streamings


- pour 14.95$/mois : accès illimité + possibilité de transférer ses titres sur un lecteur MP3 compatible  


Alors, peut-on dire que ces deux modèles constituent en soi un revirement salvateur de la part des acteurs industriels ? Rien n’est moins sûr … Car on pourra constater que les DRM y gardent une place centrale, et donc de manière sous-jacente une certaine conception des biens culturels (comme marchandise) et de la liberté d’usage laissée aux consommateurs. Conception que ces derniers ne partagent manifestement pas. Pour une grande majorité, la musique doit être libre même s’ils concèdent qu’elle a un prix. La licence globale aurait pu constituer un compromis viable que la plupart des acteurs industriels ont refusé, même si la stratégie d’AOL flirte indéniablement avec elle.  


[edit] D’après PC Inpact, la contrepartie de la gratuité pour Universal correspond au visionnage de 90 secondes de pub avant chaque téléchargement. Lire absolument cet article pour une première revue des réactions des supporters de la licence légale… certaines sont frappées du sceau du bon sens.

Continue reading

Posted in Contenus numériques, DRM, Modèles économiques, Page principale, Uncategorized | Leave a comment

Quand l’histoire risque de bégayer…


Des nouvelles du Sony Reader (via le blog de Daniel Garcia) où l’on apprend, sans grande surprise, que le projet commercial a encore pris du retard et qu’il n’est pas prévu pour le moment de l’exporter au-delà des frontières américaines. Plus intéressant dans le billet du blog de Livres Hebdo est la confirmation que Sony éprouve certaines difficultés à recruter les éditeurs pour alimenter un catalogue (la librairie Sony Connect), dont l’ambition affichée est qu’il atteigne initialement les 10 000 titres.


En tant qu’ancien de l’aventure Cytale, cette nouvelle ne peut que me rappeler des souvenirs. Les raisons de l’échec du Cybook sont potentiellement nombreuses. Mais il faut admettre que la résistance, active ou passive, de certains éditeurs (pas tous, soyons honnêtes) n’a pas contribué à créer une véritable valeur ajoutée propre à inciter les consommateurs à s’intéresser à la lecture numérique. Pour que l’investissement dans des machines de lecture, souvent onéreuses, soit rentable, le minimum est d’avoir accès à un catalogue de livres numériques fournis et de pouvoir bénéficier d’une liberté d’usage décente. Autant de points cruciaux que la stratégie des éditeurs, que certains qualifient pudiquemement de frileuse, semble encore une nouvelle fois rendre problématiques.


Bien évidemment l’histoire ne se répète pas, du moins espérons-le, mais elle risque fortement de bégayer et le décollage du futur marché de l’édition numérique continuer à éternuer. D’ailleurs, en parlant de marché, dernière petite remarque sur le billet de Daniel Garcia, sans manque de respect, celui-ci parle d’un marché qu’il reste “encore à trouver“. Ce sont des mots que l’on entendait souvent à l’époque des pionniers de l’édition numérique et qui signifiait que quelque part se trouvait un marché tout prêt qui se cachait et qu’il convenait de mettre à jour. Selon moi, cette approche reste une erreur, tout marché n’est pas “déjà là” à l’état de latence, attentant gentillement d’être découvert. Un marché doit se construire avec les consommateurs qui le veulent bien. Cette collaboration, certes souvent indirecte, correspond à un phénomène de co-construction de l’innovation et accompagne son passage du stade d’objet technologique à celui d’objet marchand. Mais pour cela, il faut être à l’écoute des utilisateurs et ne pas hésiter à expérimenter tout azimut, au risque parfois de se mettre en danger. Un risque que rechignent fréquemment à prendre, non sans une certaine logique, les éditeurs vis-à-vis d’un fond éditorial qui reste leur principal actif. Mais sans cette écoute et cette ouverture d’esprit, il est peu probable qu’un marché finisse par spontanément voir le jour. Une fois de plus, un tel succès ne peut passer que par un véritable travail collaboratif du côté de l’offre et de la demande. Travail qui doit faire émerger des consensus portant sur de nombreux points. J’évoquerai plus longuement cette question dans un prochain post …     

Continue reading

Posted in Contenus numériques, Editeurs numériques, Livres électroniques, Modèles économiques, Page principale, Uncategorized | Leave a comment

L’édition numérique se presse …


©Palagret (2006)


 


Les éditeurs de presse semblent s’intéresser de plus en plus concrètement au concept d’édition numérique. Cyber Press Publishing est le premier a avoir franchi le pas avec son offre Monkiosque.fr et Discount Presse s’apprête à lancer son offre tout numérique (DigitalePresse). Enfin, Les Echos procèdent actuellement à des tests d’une version totalement numérique.


Un acteur de taille se place désormais lui aussi dans les rangs, Hachette (par sa filiale Hachette Distribution Service) propose en effet à terme, via VirginMega, un véritable kiosque à journaux virtuel avec téléchargement directement sur votre ordinateur (pour le moment la version bêta du site propose 200 numéros). A signaler une certaine ouverture d’esprit dans l’expérimentation des modèles économiques. On peut en effet choisir en différentes formules de consommation des contenus :


- achat au numéro : intégralité du titre de presse avec des bonus à la clé (recherche grâce un moteur, liens interactifs, contenus multimédias, jeux, …) et la possibilité de télécharger votre achat sur deux plates-formes au choix


- abonnement à durée libre : les numéros disponibles avant leur sortie papier, jusqu’à 50% de rabais, possibilité de résilier l’abonnement à tout moment ainsi que tous les avantages offerts par la première formule


- forfait liberté : pour 9.90 €/mois, vous avez accès à 4 titres de votre choix pour en moyenne un rabais d’ensemble de 40%


Même si l’éditeur reste encore largement dans la logique de l’exemplaire et ne s’aventure pas encore dans des modèles d’accès illimité à l’ensemble du catalogue, la souplesse est bien là et nous ne pouvons que saluer l’effort. Reste la question des formats : le kiosque exige l’utilisation d’un logiciel de lecture propriétaire (Delivery du français Pressvision) qui rend problématique la circulation et la pérennité de votre future collection. Le problème est hélas le même pour ce qui est des autres solutions de kiosque numérique.  


Quoiqu’il en soit, les éditeurs de presse sont bien plus motivés que leurs homologues littéraires à exploiter le concept d’édition numérique. Parions que les consommateurs suivront et s’approprieront progressivement la lecture numérique, ouvrant ainsi la voie à un élargissement de la pratique.

Continue reading

Posted in Contenus numériques, Editeurs numériques, Modèles économiques, Page principale, Uncategorized | Leave a comment