Category Archives: Modèles économiques

Tous les chemins mènent à Google ?


 


 


De retour après mes (trop) habituelles longues périodes de silence …pour réagir à un post de Techcrunch. L’occasion de revenir sur le problème des nouveaux modèles économiques pour les contenus numériques…


 


D’après ce post, Google ne semble pas décidé à se reposer sur ses lauriers. Toujours en mouvement, le mastodonte américain vient donc de déposer un brevet répondant au doux nom de « Personnalisation de contenu et de publicité dans des publications ». Le secteur visé par ce brevet est clairement celui de la presse. En deux mots, l’idée consiste à offrir la possibilité aux internautes de personnaliser un bouquet de contenus sous la forme d’un magazine imprimable. Jusque-là rien de révolutionnaire, cela ressemble furieusement à la logique des flux RSS, la mise en page en plus. Là où Google enfonce le clou c’est bien évidemment sur la question de la publicité. Car qui dit personnalisation des contenus, dit données informant indirectement sur le goût de chacun et donc publicités personnalisées et insérées dans le dit magazine.


 


En gros, Google entend tirer un maximum de valeur d’un double ciblage. D’abord, celui de contenus malléables et adaptés aux besoins du client. Celui-ci pourrait donner lieu d’ailleurs à un paiement, non pas fondamentalement pour les contenus eux-mêmes, mais pour un service de sélection. D’autre part, Google tire un peu mieux son épingle du jeu sur ce qui constitue le cœur de son business en proposant aux publicitaires une audience beaucoup mieux ciblée. Bref, avec un tel système la firme américaine a toutes les chances de gagner sur les deux plans.


 


L’une des voies de sortie de la crise actuelle des industries de contenus peut passer par ce modèle non plus du mass média mais d’une audience finement qualifiée et donc beaucoup mieux valorisable. Dans ce cadre, nul besoin de chercher à tout prix à se payer sur les seuls contenus, les revenus pouvant être tirés des budgets publicitaires. Dans le cas des livres numériques, reste à savoir si les lecteurs accepteraient un double pacte avec le diable : se laisser être décortiqué par les publicitaires et accepter la nuisance de leur réclame dans les moments de lecture. Tout l’enjeu sera sans doute de se montrer dans les deux cas le moins intrusif possible.

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Le livre entre-t-il dans l’ère de l’illimité ?


Après la musique et la vidéo, l’édition française (enfin une partie) semble s’essayer au modèle de l’accès. En effet, la FNAC s’apprête à lancer un service de “Bibliothèque numérique en ligne” (via Biblio-France) dans lequel 1000 titres seront prochainement mis à la disposition des clients. Cette offre est organisée sous la forme de 7 bouquets thématiques. Il y de grande chance pour que cela ne soit que de l’accès, les livres n’étant ainsi qu’empruntés (la métaphore de la bibliothèque n’est sûrement pas innocente) même si apparemment il sera possible de faire une impression. Gageons que cette possibilité risque elle par contre d’être limitée, même si je pense que le coût pour imprimer chez soi un ouvrage de quelques centaines de pages est en soi une barrière qui se suffit à elle-même. Faites le calcul entre le coût d’une page, la cartouche d’encre et vous verrez que le prix d’un livre imprimé est finalement assez compétitif.  Justement sur la question du prix, pas vraiment d’indication sur ce sujet, même si la FNAC proposera un prix de bienvenue de 0.99€/mois … et sûrement par bouquet. 


Il faut rappeler que ce type de modèle économique avait déjà été envisagé par 00h00/Gemstar avec des “chaînes thématique” composées d’un catalogue supposé se renouveller en partie tous les mois. Mais ce modèle avait donné lieu a des réactions pour le moins réticentes de la part des éditeurs-partenaires et était resté lettre morte. La donne serait-elle en train de changer ? En tous cas, la mise en place prochaine de ce genre d’offre pour les livres démontre une attitude un peu plus exploratoire des éditeurs. Même si ce type de modèle n’est peut-être pas la panacée du point de vue des clients (voir par exemple leur accueil mitigé en ce qui concerne la musique), elle a au moins le mérite de faire bouger les choses.


Edit : après avoir consulté un lien que l’on vient de me suggérer, la lecture des commentaires m’a révélé un détail qui m’avait échappé. Il semblerait en effet que la FNAC travaille en réalité avec Cyberlibris dont l’offre Famili serait alors mobilisée en marque blanche. La similitude dans la charte graphique à mon avis ne trompe pas. Donc, si tel est le cas, on peut en déduire un peu plus de précisions quant aux tarifs et au catalogue proposé. L’examen de ce dernier laisse d’ailleurs à revoir le jugement porté plus haut sur le changement de la disposition des “grands” éditeurs français à l’égard des livres numériques. Cyberlibris a signé des accords avec pas mal de maisons d’édition anglo-saxonnes et des “petits” éditeurs français alors que leurs “grands” homologues sont largement sous-représentés (notons quand même la présence de Dalloz, Dunod ou encore La Découverte). Enfin, il reste que le catalogue proposé se concentre principalement sur le segment “vie pratique” (cuisine, déco/brico, argent, etc.) et que la littérature semble totalement absente. Bref, encore une fois, initiative intéressante, mais le sera-t-elle suffisamment pour susciter le début d’une esquisse d’engouement du public ?

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Les stars commencent à quitter le navire …


 


Finalement, ce n’est pas le vent qui commence à tourner, comme je l’avais précédemment suggéré, mais plutôt un ouragan qui semble se profiler, avec un petit air de « sauve qui peut ». Madonna vient en effet de grossir la liste des artistes de poids qui ont décidé de quitter leur major.


 


Comme le suggère Ratiatum, le cas de la Madone du disque est sensiblement différent de celui d’autres stars (Prince, Radiohead, etc.) dans la mesure où elle quitte une structure industrielle pour une autre dont l’activité se concentre non plus sur la distribution de titres enregistrés mais sur l’organisation de concerts. De même que l’impact pour Warner, qui la comptait dans son écurie et pour une place de premier plan, reste somme toute relativement limité, la major conservant les droits de reproduction de ses albums passés. Il n’empêche que ce choix consacre encore plus l’idée que la musique enregistrée risque de se résumer à un simple support de promotion pour d’autres business jugés plus lucratifs. Les lives bien sûr qui sont devenus depuis quelques années une manne financière de plus en plus conséquente, mais aussi le merchandising et prochainement d’autres modèles économiques qu’une multitude d’acteurs cherchent quotidiennement à inventer.


 


Petite mise en perspective avec le livre. La rupture récente de ces chanteurs avec les vaisseaux-mères que représentent les majors rappelle un épisode qui avait traumatisé le petit monde de l’édition numérique au début des années 2000. L’expérience d’auto-publication qu’avait tentée Stephen King et qui avait laissé préfigurer un scénario de désintermédiation. Situation potentielle jugée, à juste titre, comme catastrophique par les maisons d’édition car ce les auteurs de best-sellers constituent logiquement les piliers financiers de leur activité. Bilan de cette expérimentation, le roi du frisson est gentiment retourné dans son giron traditionnel. Il a probablement reconnu par là que la tentative était sûrement prématurée, que l’imprimé restait encore un horizon indépassable et que les maisons d’édition demeuraient toujours les plus compétentes pour distribuer et promouvoir ses œuvres. Car le cas des écrivains n’est fondamentalement pas le même que celui des artistes de la musique. Les occasions de décliner et de faire fructifier leur travail sont beaucoup moins nombreuses. A moins d’envisager des séances de lecture publique devant une audience plus ou moins fournie, de vendre des t-shirts avec la couverture d’un ouvrage, l’effigie de l’auteur imprimés ou encore d’autres incongruités, la principale valeur financière d’une œuvre littéraire se restreint (jusque-là) dans sa vente directe.


 


Pour le moment, les éditeurs peuvent se sentir encore protégés par le tsunami numérique, la pratique de lecture numérique, au contraire de la musique ou de l’audiovisuel, est loin d’être répandue. Même si les facteurs de déséquilibre sont loin d’être présents, ils finiront fatalement par apparaître et faire rapidement ressentir leurs effets. Tant que le (faux) calme demeure, il appartient aux éditeurs de réfléchir sereinement aux scénarios qu’ils pourraient activement mettre en place, pour éviter de connaître le même sort que les maisons de disques qui n’ont pas voulu voir la tempête qui s’annonçait. Pour cela, de nouvelles pistes méritent d’être explorées. Je m’attellerais plus tard à les énumérer mais pour le moment il est possible d’établir une dernière fois une différence de taille entre la littérature et la musique. Comme me l’a suggéré récemment Olivier Lefèvre, un des instigateurs de l’ovni textuel ‘Apparitions inquiétantes’, le numérique ne risque probablement pas de révolutionner la manière de faire de la musique, ce qui n’est en revanche pas le cas de la littérature. Elle se doit d’explorer notamment la terra incognita que représente l’hyper- textualité, l’écriture collaborative ou encore la multimédiatisation de l’écrit. Autant de possibilités de constituer une offre de contenus réellement innovante et qui peut être en phase avec les nouveaux contenants que représentent les livres ou papiers électroniques. Tout reste donc à faire et, contrairement à la musique ou l’audiovisuel, la marge de manœuvre semble plus importante … si les éditeurs et les auteurs décident de passer le cap.   

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Un pari audacieux


A quel prix facturer le téléchargement d’une œuvre ?


Que cela soit un single, un album entier ou naturellement un livre, c’est l’éternelle question que le phénomène de dématérialisation ne permet pas de trancher définitivement. En effet, sous leur forme numérique, les biens culturels ont un coût unitaire quasi-nul (hormis les coûts directs liés à leur circulation sur les réseaux et les coûts indirects supposés par la production/édition et la promotion d’une œuvre). Or, c’est sur ce coût que s’établissent en grande partie les prix auxquels sont vendues les œuvres culturelles (je grossis volontairement le trait). Donc, si l’on suit le raisonnement traditionnel, celles-ci devraient avoir un prix très proche de 0, ce qui évidemment est difficilement envisageable du point de vue des créateurs et des intermédiaires industriels qui se chargent de faire vivre commercialement les fruits de leur travail.


L’autre méthode de fixation des prix, et celle qui est d’un point de vue économique la plus efficace, est de se baser sur le consentement à payer des consommateurs, c’est-à-dire le prix maximum auquel ils sont prêts à acheter un contenu. Dans une configuration de marché de masse, il est extrêmement difficile de déterminer précisément les consentements de chacun. En revanche, les infrastructures et les outils qu’offre l’environnement numérique permettent d’envisager plus facilement une telle possibilité et autorisent les acteurs industriels à établir une discrimination très fine par les prix, leur offrant des perspectives de revenus théoriquement plus élevés. Dans l’idéal, chacun paye ce qu’il juge personnellement suffisant de payer, en fonction principalement de la satisfaction qu’il compte retirer de la consommation d’un contenu, et cela permet d’attirer plus de clients. Dans la pratique, un consommateur rationnel aura tout intérêt à mentir sur sa disposition à payer et à la minimiser. Tout l’enjeu est donc pour les vendeurs de l’amener à être honnête ou du moins à pouvoir découvrir malgré lui le vrai montant de sa valorisation.


Le groupe Radiohead a lui fait le pari de l’honnêteté de son public en proposant à chacun de déterminer lui-même le prix qu’il concède pour télécharger son dernier album « In Rainbows ». Les fans peuvent même l’obtenir gratuitement s’ils le souhaitent, avec la possibilité de gratifier financièrement le groupe une fois l’album écouté … et apprécié. C’est une tactique pour le moins innovante de la part d’artistes musicaux établis. Elle avait néanmoins été déjà appliquée, dans le début des années 2000, par un écrivain célèbre, Stephen King, dans un esprit similaire de confiance. Celui-ci avait en effet proposé un roman en faisant confiance à ses lecteurs pour le paiement des chapitres publiés successivement. L’auteur a semblé à l’époque considérer cette confiance comme trahie dans la mesure où il a arrêté l’expérimentation bien avant que la livraison de la totalité des chapitres ne soit achevée. Il n’empêche qu’une telle expérimentation montre bien que bon nombre d’artistes ne se font plus d’illusion quant à leur capacité de lutter contre le phénomène de la gratuité sur le net. Certains ont décidé de le prendre à revers, en tablant sur la loyauté de leur audience, et en se concentrant sur d’autres manières de créer de la valeur et de s’en approprier les fruits. Décidemment, les choses semblent aussi bouger du côté des créateurs et espérons que leur ouverture soit récompensée…  


 

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Les industriels commencent à ouvrir les yeux…


 


Un vent de changement souffle indéniablement en cette année 2007 et ce sont les DRM qui sont dans l’œil du cyclone. Preuve en est la dernière offre d’Amazon (en attendant très prochainement le Kindle) : une plate-forme de téléchargement de musique au simple format MP3, sans protection (quoique) et à des prix sensiblement inférieurs à ceux pratiqués par iTunes (via Techcrunch).


 


Dans leur forme actuelle, les DRM commencent à avoir la vie dure et les coulisses d’un tel mouvement ont pu être partiellement mises à jour lors de la conférence Digital Rights Strategies qui s’est déroulée la semaine dernière à New-York. On peut en lire ici un compte-rendu dont certains points méritent d’être soulignés. D’abord, le Pdg d’Intertrust (l’un des acteurs majeurs dans ce domaine) semble admettre l’évidence : les DRM contraignent les consommateurs dans leurs pratiques légitimes, ils sont un frein à l’innovation (notamment le développement des plates-formes de socialisation et autres solutions de co-création) et enfin ils sont instrumentalisés pour le maintien des rentes acquises au détriment de modèles économiques réellement novateurs. Dans la mesure où les DRM sont toujours rapidement et facilement contournés, ce sont les clients honnêtes qui sont pénalisés sans pour autant empêcher les pratiques qu’ils sont censés juguler. En bref, le jeu en vaut-il la chandelle ? Il est intéressant que les acteurs à l’initiative de leur développement posent indirectement la question.


 


Ce sont les détenteurs de contenus qui sont en fait pointés du doigt. Même si, par exemple, le vice-président de la MPAA (l’association professionnelle des studios américains de cinéma) concède que les DRM ne constituent pas un système parfait, ils restent la pierre de touche dans leur investissement sur ce type de marché. Et c’est leur abus dans l’utilisation de ce type de technologie (pour préserver leur logique traditionnelle) qui est largement critiqué ainsi que leur volonté d’imiter la stratégie d’Apple dans sa tentative d’enfermer les clients dans une relation propriétaire afin d’être le « winner takes all ».


 


Les acteurs proposant des solutions de DRM préconisent alors une attitude modérée à l’égard de leur mobilisation et invitent surtout les propriétaires de contenus à réinventer leur business, au risque de subir un retour de bâton. On ne peut que souscrire à cette analyse, à une objection près cependant. Le retour de bâton n’est pas à venir, il est déjà là et depuis quelques années maintenant (cf. le « succès » plus que mitigé de la musique en ligne).


La récente réaction des majors consistant à abandonner ces solutions de protection ne les exempte pas de l’essentiel : proposer des offres commerciales qui se départissent du sacro-saint modèle de l’exemplaire. Lorsqu’elles s’en éloignent (par exemple en proposant des solutions d’accès illimité ou non, par abonnement ou financement de tiers tels que les FAI), elles retombent cependant de nouveau dans la tentation des verrous. Le drame est que les consommateurs restent encore très sensibles à la notion de propriété des contenus culturels alors que les industriels eux n’aspirent qu’à un paradigme de l’accès souvent à l’exact inverse des préoccupations de leurs clients. Décidemment, la culture n’est pas un « produit » comme les autres et il est en ce sens impératif de prendre en compte le rapport intime et complexe que noue le public avec les objets culturels. Les DRM constituent indéniablement un parasite qu’il convient de moduler ou d’abandonner. Mais ils ne représentent qu’une partie du problème ou, plus précisément, la concrétisation d’une représentation traditionnelle du marché de la culture que la révolution numérique contribue largement à faire exploser. Il reste à donc inventer un nouvel espace de dialogue dans lequel pourront se rejoindre propriétaires et consommateurs de contenus culturels. C’est dans la relation de service et dans une proposition d’expérience d’accès et de consommation adaptée que se noueront de nouveaux échanges marchands. Les acteurs technologiques qui développent des DRM ont sans nul doute un rôle central à jouer. Ils ont tout intérêt à déplacer leur activité dans l’offre des outils nécessaires à ce type de configuration. Ne doutons pas que les développements sont déjà à l’œuvre et espérons que 2007 marque le déclin programmé des DRM “à l’ancienne” et l’avènement de solutions novatrices et prometteuses.

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Le gratuit, un modèle payant ?


 


C’est en tout cas le sentiment qui a conduit la vénérable institution New-York Times a abandonné une stratégie commerciale d’abonnement et d’accès payant à ses archives qui pourtant rapportait tout de même 10 millions de dollars (ZDNet France). La presse connaît bien les mérites d’une audience élargie sur les revenus publicitaires, c’est un mécanisme qui faisait déjà partie de leur logique économique dans l’imprimé, fondée sur un modèle hybride de l’exemplaire et de l’audience.


L’avantage du numérique, c’est que l’on peut basculer sans contrainte de distribution des contenus vers un modèle économique où les revenus publicitaires prennent intégralement le relais. L’arbitrage du quotidien américain montre bien que les futurs gisements de ressources financières se trouvent sans nul doute dans de nouvelles stratégies à l’égard des contenus. Car en plus de se servir du levier publicitaire, les éditeurs gagneraient aussi à s’intéresser à toutes formes de services améliorant sensiblement l’expérience d’accès à l’information. Tout l’enjeu de l’édition numérique réside là… 


Edit : le Wall Street Journal, le pionnier de la presse pour le modèle payant d’accès à ses contenus en ligne, considère aussi très sérieusement d’accoster les terres de la gratuité (via CNet News)


 


 

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Enfin le début d’une romance ?


L’éditeur anglo-saxon Harlequin, spécialisé dans les romans “à l’eau de rose” vient d’annoncer qu’il publierait désormais toutes ses nouveautés à la fois sous format imprimé et numérique. Soit à peu près 120 titres par mois, ce qui aux vues de la largeur des catalogues numériques actuels n’est pas anodin. Il est ainsi le premier acteur majeur de l’édition traditionnelle à oser mettre la totalité de son catalogue front-list dans l’impitoyable environnement numérique. C’est une initiative d’ouverture qui ne peut être que saluée !


Les livres numériques seront de plus proposés sous plusieurs formats (Adobe, Microsoft, Sony, Palm et Mobipocket), ce qui est aussi en soit une bonne nouvelle. En revanche, la politique de prix ne semble pas être sur le point d’être révolutionnée par cette nouvelle offre. Les prix pour les versions numériques ne seront que très légèrement inférieurs à ceux pratiqués pour les versions imprimées. Ce n’est pas probablement avec cela que l’on séduira les consommateurs….


 


 

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La culture deviendra-t-elle grise ?


 


Je ne fais pas référence ici à notre beau mois d’août, bien décidé à faire concurrence à son camarade novembre, mais à l’éventualité que certains catégories d’objets culturels deviennent ce que les marketers appellent un ‘produit gris’, c’est-à-dire un produit d’appel.


 


J’évoque cette possibilité dans ma thèse en soulignant que notamment les fabricants d’électronique grand public ainsi que les acteurs des telecoms ont tout intérêt à se servir des contenus culturels pour attirer et conserver leurs clients. L’actualité de ces derniers jours en offre une intéressante illustration. Neuf Telecom a en effet annoncé qu’il proposerait désormais à ses abonnés un service jusque-là inédit chez les FAI, « neuf music ». Celui-ci consiste à l’accès illimité à un catalogue de musique, sans surcoût d’abonnement, mais limité à un seul genre parmi plusieurs au choix. Pour le moment, l’opérateur a conclu un accord d’exclusivité avec Universal Music pour une durée de 6 mois, et envisage d’élargir ce type de partenariat avec d’autres maisons de disques. Une fois de plus, les DRM sont de la partie, et les abonnés de Neuf doivent bien prendre conscience qu’on leur offre un accès au catalogue et non sa propriété (cf. post précédent sur cette question). Une fois qu’ils quitteront Neuf Telecom, ils devront se résoudre à perdre la jouissance de la discothèque qu’ils se seront constituée grâce à leur opérateur préféré.


 


La réaction des concurrents du FAI ne s’est faite pas attendre, Orange a annoncé réfléchir très sérieusement à une offre similaire et Free a contre-attaqué, non sans humour. La musique risque alors de se résumer à un simple argument de vente, à l’avenir les livres peuvent aussi subir le même régime et la culture de se marchandiser de manière encore plus prononcée. Durant les débats sur DADVSI, les détenteurs de droit ont pourtant fréquemment mis en avant la nécessité éthique de respecter les auteurs, les artistes et les œuvres en leur garantissant une juste rémunération individualisée. Avec ce genre d’accords, les acteurs industriels semblent s’éloigner d’un tel traitement. Une fois de plus, ils ont refusé la solution de la licence globale pour, semble-t-il, lui substituer une version privée sûrement plus à leur avantage. Le récent accord passé entre la SACEM et BlogMusik montre en tous cas une double prise de conscience. Il sera très compliqué de lutter contre la circulation gratuite des contenus culturels et il est sûrement plus intelligent de trouver des alternatives en termes de revenus. Le site créé à l’issue de cet accord (Deezer) permettra aux ayants-droit d’obtenir des rémunérations tirées notamment de la publicité dont les tarifs seront soutenus par le trafic que générera inévitablement la perspective d’un accès légal et gratuit à un catalogue de titres musicaux conséquent.


 


Il n’y a aucune raison pour que cette tendance ne s’amplifie pas et elle pose alors sérieusement la question de la place des biens culturels et des artistes dans notre société. La voie d’un financement public ou mutualisé ne serait-elle pas plus à même de lui garantir une diversité que son instrumentalisation comme produit d’appel risque au contraire de lui faire perdre ? Vaste débat, qui est encore loin d’être tranché …

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Qu’achète-t-on vraiment ?


Dans le domaine de l’immatériel, la question mérite vraiment d’être posée et l’actualité de Google (via TechCrunch) est là pour le rappeler.


Un peu plus d’un an après le lancement de son offre de VOD, la société a décidé d’y mettre un terme, les résultats commerciaux n’étant probablement pas au rendez-vous. Jusqu’ici rien de plus banal, à part que les clients de ce service se sont vus notifier qu’ils n’auront plus la jouissance des vidéos qu’ils ont légalement achetées ou louées. En (maigre) compensation, Google leur propose un bon d’achat de 5 $ valable auprès de ses partenaires commerciaux et utilisable seulement pendant 60 jours.


Une fois de plus, il s’avère que les clients de Google Video n’ont pas acheté un objet (aussi virtuel soit-il) dont ils sont supposés devenir les propriétaires, mais seulement un droit d’accès. En avaient-ils conscience ? Tant que le service est pérenne, l’illusion de la propriété est bien présente mais les DRM sont là pour y mettre un terme le moment voulu. La même mésaventure est arrivée aux clients de Cytale. Ils ont eu la certitude d’acquérir des livres numériques de la même manière que des livres imprimés, c’est-à-dire avec la possibilité d’en user (et abuser) selon leurs propres souhaits et surtout de manière définitive. L’arrêt des activités de la société française a intégralement douché ces aspirations. Il est certain que si les quelques clients du pionniers français avaient vraiment eu conscience qu’ils achetaient un simple droit d’accès dont la durée de vie dépendait de celle de l’entreprise qui leur octroyait, leur perception des avantages du produit et leur consentement à payer pour l’acquérir auraient été forts différents.


Désormais, les consommateurs sont peut-être plus au fait de ce genre de détail qui fait toute la différence, mais l’exemple de Google montre que certains peuvent encore se faire piéger. Il reste que ce flou, fréquemment entrenu par les entreprises, sur la nature de ce qui est acheté est largement préjudiciable aux intentions d’achat en matière de biens culturels numériques. Tant que les choses ne seront pas éclaircies et n’offriront pas de garanties quant à la satisfaction du client, les systèmes en dehors des circuits marchands auront encore de beaux jours devant eux.    


   


 


 

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La première station d’un long chemin de croix ?


L’image peut paraître un peu radicale, mais ces dernières semaines laissent vraiment à penser que les industries de contenus culturels sont à la croisée des chemins…


Comme je l’avais déjà évoqué dans un post précédent, le droit d’auteur commence à faire l’objet d’une remise en cause dont on peut espérer qu’elle aboutira à un équilibre enfin consensuel. Mais ce changement n’interviendra pas à mon avis immédiatement. Avant cela, il faut que certains acteurs industriels, ceux qui ont aujourd’hui le plus de poids, décident vraiment de s’engager dans une voie d’ouverture aux multiples évolutions de rupture que le domaine connait actuellement. Cette voie, pour le moment, leur reste encore largement contre-intuitive car opposée à leurs intérêts stratégiques et commerciaux conventionnels. Je crains que sans cet effort à court-terme contre-nature, les faits ne les rattrapent irrémédiablement jusqu’à une mise en croix qu’ils auraient pu éviter.


Il ne faut évidemment pas mettre tout le monde dans le même panier. Preuve en est certaines rumeurs et déclarations qui pourraient révéler un début d’inflexion de la part de certains acteurs économiques dans leur appréhension des futurs marchés de la culture numérique. L’excellent site Ratiatum en a fait l’écho durant ces dernières semaines. Celles-ci portent principalement sur la question des DRM. Après que certains distributeurs français (Fnac et VirginMega) aient déclaré vouloir vendre de la musique sans DRM (du simple mp3), c’est-à-dire des fichiers parfaitement opérables, c’est au tour d’une major d’envisager abandonner les verrous numériques. Même si tout cela reste au conditionnel car sous le sceau de l’anonymat, une telle décision ferait autant de bruit que celle d’Universal d’admettre un financement de la musique dématérialisée par la seule publicité (voir mon post sur Spiral Frog) ou celle beaucoup moins médiatisée d’EMI. Ne crions pas cependant victoire trop tôt, car si ce mouvement de “libération” se généralise auprès des éditeurs/producteurs, il est loin d’être évident que les constructeurs de matériel de lecture s’en laissent compter. Rappelons que des acteurs tels que Apple fondent leur business model sur la logique des formats propriétaires, en particulier dans le domaine des DRM. Leur conception des affaires reste que le meilleur moyen d’en faire, des affaires, est de rendre très captive sa clientèle. Et alors quoi de mieux que de créer des chasses gardées desquelles les clients auront du mal à s’échapper sans coût ? De la même manière, l’industrie informatique n’a probablement pas dit son dernier mot tant que le marché des protections techniques promet d’être juteux. Ainsi, un consortium a récemment conseillé fallacieusement d’abandonner les DRM actuels … pour les remplacer par des techniques de watermarking (tatouage invisible des fichiers numériques). Bref, la partie est loin d’être gagnée pour les consommateurs qui n’aspirent qu’à profiter sans trop de contraintes des oeuvres culturelles qu’ils ont légalement achetées. Il n’empêche que l’état d’esprit change, mais on sent bien que tout cela se fait de manière peu enthousiaste et que les résultats inquiétants de cette année poussent les majors à réviser sensiblement leur position. Mais cela sera-t-il suffisant pour reprendre la main ?


A mon humble avis, cela ne sera pas suffisant. Car le public s’est approprié les innovations liées aux NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, pour les lecteurs rétifs aux acronymes) d’une manière quasiment irréversible. Par définition, la technologie est neutre, elle devient ce que chacun en fait. En l’occurence, un nombre croissant de gens utilise les opportunités de la dématérialisation de telle manière que les oeuvres culturelles deviennent désormais des biens publics. Et qui dit bien public dit nécessairement gratuité. De plus en plus de voix s’élèvent pour faire admettre ce qui devient de jour en jour une évidence. C’est le cas notamment de Jacques Attali (co-fondateur de Cytale) qui l’a rappelé lors du dernier Midem.


Cette nécessité de la gratuité ne revient cependant pas à abandonner toute idée de financement de la création. L’année dernière la solution de la licence globale avait fait débat mais avait eu au moins le mérite de proposer une solution alternative. Elle ne convenait pas aux acteurs économiques établis tant cela remettait en cause leur position et leur rôle au sein de filières industrielles bien rôdées. Mais la vague irrépressible de la gratuité va les contraindre à proposer eux-mêmes des solutions viables, faute de quoi ils ne manqueront pas de se retrouver rapidement hors-jeu. Les infléchissements que je viens d’évoquer au sujet des DRM ne suffiront pas à assurer leur transfiguration (je persiste dans le registre biblique). Ce qu’il leur faudra c’est à mon sens l’invention d’une nouvelle relation avec leur clientèle, relation qui s’établira au centre de la notion de service. Service dans lequel les contenus bruts ne seront qu’un élément annexe dans une relation marchande riche et renouvellée.  En l’absence d’une rapide construction de tels modèles réellement novateurs, tout laisse à penser que les industries culturelles, frappées de plein fouet par la révolution numérique, n’en sont qu’au début d’un long chemin de croix. Chemin au bout duquel la résurrection est loin d’être assurée.

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