Monthly Archives: August 2007

La culture deviendra-t-elle grise ?


 


Je ne fais pas référence ici à notre beau mois d’août, bien décidé à faire concurrence à son camarade novembre, mais à l’éventualité que certains catégories d’objets culturels deviennent ce que les marketers appellent un ‘produit gris’, c’est-à-dire un produit d’appel.


 


J’évoque cette possibilité dans ma thèse en soulignant que notamment les fabricants d’électronique grand public ainsi que les acteurs des telecoms ont tout intérêt à se servir des contenus culturels pour attirer et conserver leurs clients. L’actualité de ces derniers jours en offre une intéressante illustration. Neuf Telecom a en effet annoncé qu’il proposerait désormais à ses abonnés un service jusque-là inédit chez les FAI, « neuf music ». Celui-ci consiste à l’accès illimité à un catalogue de musique, sans surcoût d’abonnement, mais limité à un seul genre parmi plusieurs au choix. Pour le moment, l’opérateur a conclu un accord d’exclusivité avec Universal Music pour une durée de 6 mois, et envisage d’élargir ce type de partenariat avec d’autres maisons de disques. Une fois de plus, les DRM sont de la partie, et les abonnés de Neuf doivent bien prendre conscience qu’on leur offre un accès au catalogue et non sa propriété (cf. post précédent sur cette question). Une fois qu’ils quitteront Neuf Telecom, ils devront se résoudre à perdre la jouissance de la discothèque qu’ils se seront constituée grâce à leur opérateur préféré.


 


La réaction des concurrents du FAI ne s’est faite pas attendre, Orange a annoncé réfléchir très sérieusement à une offre similaire et Free a contre-attaqué, non sans humour. La musique risque alors de se résumer à un simple argument de vente, à l’avenir les livres peuvent aussi subir le même régime et la culture de se marchandiser de manière encore plus prononcée. Durant les débats sur DADVSI, les détenteurs de droit ont pourtant fréquemment mis en avant la nécessité éthique de respecter les auteurs, les artistes et les œuvres en leur garantissant une juste rémunération individualisée. Avec ce genre d’accords, les acteurs industriels semblent s’éloigner d’un tel traitement. Une fois de plus, ils ont refusé la solution de la licence globale pour, semble-t-il, lui substituer une version privée sûrement plus à leur avantage. Le récent accord passé entre la SACEM et BlogMusik montre en tous cas une double prise de conscience. Il sera très compliqué de lutter contre la circulation gratuite des contenus culturels et il est sûrement plus intelligent de trouver des alternatives en termes de revenus. Le site créé à l’issue de cet accord (Deezer) permettra aux ayants-droit d’obtenir des rémunérations tirées notamment de la publicité dont les tarifs seront soutenus par le trafic que générera inévitablement la perspective d’un accès légal et gratuit à un catalogue de titres musicaux conséquent.


 


Il n’y a aucune raison pour que cette tendance ne s’amplifie pas et elle pose alors sérieusement la question de la place des biens culturels et des artistes dans notre société. La voie d’un financement public ou mutualisé ne serait-elle pas plus à même de lui garantir une diversité que son instrumentalisation comme produit d’appel risque au contraire de lui faire perdre ? Vaste débat, qui est encore loin d’être tranché …

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Book Launch for They Called Me Mayer July

The Jewish Community Center of San Francisco will be hosting a book launch party for Mayer Kirshenblatt and Barbara Kirshenblatt-Gimblett’s new book, They Called Me Mayer July, on September 5th at 8pm. This will be the precursor to an exhibition… Continue reading

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Links for 2007-08-21 [del.icio.us]

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Soutenance de thèse


crédit : L. Ardhuin


Voilà c’est officiel, je soutiens (enfin !) ma thèse sur le marché de l’édition numérique le mercredi 5 septembre. Elle se déroulera à 14 heures à la Faculté Paris 11 – Jean Monnet, Salle Gaudemet – Bâtiment D (54 Bd Desgranges, Sceaux, Hauts-de-Seine) (Plan d’accès).


Vous y êtes tous les bienvenus !


Pour avoir un avant-goût, je vous propose un petit (?) résumé de mon travail.


 


L’ÉMERGENCE DES MARCHÉS 


CONSTRUCTION SOCIALE, CONVENTIONS ET RÉSEAUX


Le cas de l’édition numérique


 


Cédric Diridollou


 


 


Les périodes d’innovations majeures sont l’occasion de phénomènes d’euphorie alimentés par la certitude qu’elles créeront de nouveaux gisements de profits. La diffusion croissante des NTIC dans la sphère socio-économique n’a pas échappé à la règle et a donné lieu à la formation d’une bulle spéculative. Son éclatement rapide est venu rappeler que l’innovation ne conduit pas à la création spontanée de nouveaux territoires économiques, et en particulier de marchés. A titre d’illustration, il est loisible de constater qu’Internet, qui se promettait d’être un terrain extrêmement fertile pour de nouvelles activités marchandes, présente encore un bilan mitigé. Dans ce domaine, de nombreux projets de développement de nouveaux produits ont connu des échecs patents.


 


C’est particulièrement le cas des biens informationnels (principalement les contenus éditoriaux et audiovisuels), produits touchant à la consommation de masse et liés aux loisirs, au divertissement et à la connaissance. La manière la plus simple d’analyser l’échec de leur greffe marchande dans l’économie numérique serait de considérer qu’au final les potentialités des NTIC dans ce domaine ont été largement surestimées et que les offres qu’elles ont permis de développer souffraient d’un manque d’intérêt ou de pertinence. Le temps de latence dans la diffusion des innovations majeures ne permet pas de se satisfaire de cette explication. Les raisons plus profondes de cet échec sont très probablement à rechercher dans le lien entre innovation et création de marché. Cette thèse s’inscrit alors dans la problématique de la non-spontanéité de l’émergence des nouveaux marchés liés à des innovations substantielles. Elle part de la spécificité d’une catégorie particulière d’innovations de produit qui se distinguent par leur radicalité et leur discontinuité. Les produits radicalement nouveaux qu’elles contribuent à faire apparaître se caractérisent par des modalités de production, consommation, de commercialisation, voire d’interactions entre les acteurs industriels, qui s’inscrivent dans la rupture et la nouveauté radicale. Dans la littérature économique, seules des monographies font état de manière détaillée de ce type de produits, mais sans réussir à s’extraire d’un cadre trop descriptif qui en limite la portée analytique pour ce qui est de la question de l’émergence des marchés.


 


Il a donc été proposé dans cette thèse une grille analytique permettant de saisir ce phénomène complexe se déroulant dans un contexte d’incertitude radicale. Au préalable, il est postulé que tout marché est une construction sociale (produit d’interactions multiples entre des acteurs hétérogènes, des objets et un environnement déjà existant). Cette construction fait à la fois office de mécanisme et de cadre de transaction (double nature institutionnelle et structurelle) et se révèle être plus précisément un ordre économique (équilibre dynamique). Un marché est alors défini comme un système complexe adaptatif et auto-organisé, c’est-à-dire un espace d’interactions microéconomiques productrices, dans la durée, de régularités agrégées qui en retour encadrent les comportements des acteurs. L’ordonnancement des actions que ce système assure se fonde sur une matrice institutionnelle, c’est-à-dire une articulation spécifique de plusieurs institutions. Cette articulation permet à un marché d’être un ordre de transactions répétées et routinières. Il a été posé qu’elle émerge à partir d’une architecture à la fois structurelle (réseaux sociaux) et institutionnelle (champ culturel et arènes politiques) déjà là mais en constante évolution. Cela a d’abord amené à mettre en avant le rôle des conventions comme matrices socio-cognitives des institutions et qui sont mobilisées d’après les travaux de l’économie des conventions. Celles-ci se structurent concrètement autour d’une méta-convention (modèle conventionnel d’évaluation). Dans le cas du marché, ce rôle de convention supérieure est tenu par la convention de qualité qui fixe les caractéristiques et les attributs généraux de la marchandise échangée. Cette convention particulière permet d’offrir les fondements d’une valorisation commune, point de départ de processus de codification, de standardisation et de régulation (règles conventionnelles). L’aboutissement, jamais définitif, de ces processus est nécessaire aux échanges marchands, en ce qu’elle autorise, par une relative levée de l’incertitude, le processus de décision économique et au final les transactions. L’importance centrale de la convention de qualité dans la caractérisation de la notion de marché amène à s’interroger sur les modalités de sa propre émergence. C’est sur ce point qu’interviennent les réseaux qui peuvent être définis comme une forme d’ordre économique composée de liens entre des acteurs, des objets et des instances collectives de nature diverse (structurelles et culturelles). Ces réseaux sont le fruit d’un processus constant de traduction (selon la terminologie de la sociologie de l’innovation) fait de juxtaposition, d’organisation et d’ordonnancement de leurs composantes. C’est ce phénomène de traduction qui va être producteur de conventions, au départ locales, mais qui ont vocation à être le plus largement générales pour former l’architecture institutionnelle et structurelle d’un marché dynamique et pérenne. Dans cette éventualité, un marché se présente alors comme un macro-réseau institutionnellement structuré. Cela signifie qu’il se définit comme un ensemble de liens stables et chargés de sens, grâce aux conventions qui en déterminent le fonctionnement et l’évolution. Cette caractérisation des marchés permet alors de préciser une grille analytique du phénomène d’émergence des marchés dans laquelle la construction sociale de l’innovation et sa transformation en objet marchand sont centrales. Durant cette phase cruciale, une catégorie particulière d’acteurs est mise à jour, les entrepreneurs institutionnels. La prise en compte de leur rôle moteur permet alors d’articuler l’action locale à un espace collectif plus large et donc de voir comment un ordre marchand émerge selon une logique de l’auto-organisation dans laquelle les mouvements stratégiques et politiques ont toute leur importance.


 


Cette grille est concrètement mobilisée pour analyser l’échec actuel de la formation d’un marché de l’édition numérique. Il a été d’abord procédé à une mise en perspective des différents enjeux de la révolution industrielle en cours pour le champ économique de l’édition. Ces enjeux tournent autour de trois facteurs principaux : une logique de bien-système, les caractéristiques particulières des biens informationnels et le phénomène de dématérialisation des contenus éditoriaux engendré par la révolution numérique. Ces trois facteurs induisent deux points de rupture principaux qui déterminent les ressorts de la construction d’un marché de l’édition numérique : question de la nature du produit échangé et tensions autour du partage de la valeur ajoutée. Une fois ces enjeux mis à jour, il s’agissait d’observer comment l’innovation de rupture que constitue le concept d’édition numérique a été progressivement appropriée, en analysant plus précisément la construction de certains réseaux. Cette construction a abouti à la constitution d’une filière industrielle spécifique, claire dans son articulation mais confuse dans la distribution des rôles. Cette confusion est le premier signe révélateur de l’absence de convention de qualité pour l’édition numérique. Le second signe, bien plus significatif, est l’incapacité des entrepreneurs institutionnels à élargir leurs réseaux à ceux de la demande. Il s’en est suivi une phase de démantèlement ou de stagnation de ces réseaux consacrant la non-émergence d’un marché construit autour du concept innovant. Cet échec peut s’expliquer par différentes raisons qui relèvent toutes d’un champ conventionnel caractérisé par différentes arènes (lieux de tension et de confrontation). Chacune d’entre elles représente un chantier qu’il convient d’achever (creuset nécessaire à la production d’un espace d’accord). Prises ensemble, ces arènes révèlent surtout une forte hétérogénéité dans la représentation du concept d’édition numérique et de sa déclinaison marchande. Elles montrent ainsi que le processus d’innovation n’est pas encore achevé. Quatre arènes conventionnelles principales ont été distinguées. Une de ces arènes, celle du droit d’auteur, a fait l’objet d’une attention particulière du fait de sa position transversale. Elle met concrètement à jour les lignes de fracture représentationnelle et les rapports de force entre les différents acteurs. Il en ressort la coexistence de trois représentations antagonistes du concept innovant. Celles-ci sont à la fois la cause et la conséquence de l’échec de la montée d’un macro-réseau marchand (échec dans l’alignement de nombreuses composantes hétérogènes). Cette coexistence consacre le non-achèvement du processus de traduction. Ce constat a été illustré par l’étude du cas d’une firme française (Cytale) qui a conduit à souligner l’importance des rapports de force, dont ont pu bénéficier certains acteurs (éditeurs traditionnels), dans l’échec du travail de traduction.

 

 


 


 

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Qu’achète-t-on vraiment ?


Dans le domaine de l’immatériel, la question mérite vraiment d’être posée et l’actualité de Google (via TechCrunch) est là pour le rappeler.


Un peu plus d’un an après le lancement de son offre de VOD, la société a décidé d’y mettre un terme, les résultats commerciaux n’étant probablement pas au rendez-vous. Jusqu’ici rien de plus banal, à part que les clients de ce service se sont vus notifier qu’ils n’auront plus la jouissance des vidéos qu’ils ont légalement achetées ou louées. En (maigre) compensation, Google leur propose un bon d’achat de 5 $ valable auprès de ses partenaires commerciaux et utilisable seulement pendant 60 jours.


Une fois de plus, il s’avère que les clients de Google Video n’ont pas acheté un objet (aussi virtuel soit-il) dont ils sont supposés devenir les propriétaires, mais seulement un droit d’accès. En avaient-ils conscience ? Tant que le service est pérenne, l’illusion de la propriété est bien présente mais les DRM sont là pour y mettre un terme le moment voulu. La même mésaventure est arrivée aux clients de Cytale. Ils ont eu la certitude d’acquérir des livres numériques de la même manière que des livres imprimés, c’est-à-dire avec la possibilité d’en user (et abuser) selon leurs propres souhaits et surtout de manière définitive. L’arrêt des activités de la société française a intégralement douché ces aspirations. Il est certain que si les quelques clients du pionniers français avaient vraiment eu conscience qu’ils achetaient un simple droit d’accès dont la durée de vie dépendait de celle de l’entreprise qui leur octroyait, leur perception des avantages du produit et leur consentement à payer pour l’acquérir auraient été forts différents.


Désormais, les consommateurs sont peut-être plus au fait de ce genre de détail qui fait toute la différence, mais l’exemple de Google montre que certains peuvent encore se faire piéger. Il reste que ce flou, fréquemment entrenu par les entreprises, sur la nature de ce qui est acheté est largement préjudiciable aux intentions d’achat en matière de biens culturels numériques. Tant que les choses ne seront pas éclaircies et n’offriront pas de garanties quant à la satisfaction du client, les systèmes en dehors des circuits marchands auront encore de beaux jours devant eux.    


   


 


 

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Links for 2007-08-10 [del.icio.us]

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Robert Frank’s Falling Behind Reviewed in the New York Times

Robert Frank’s recent book, Falling Behind, was reviewed in the August 5th edition of the New York Times Book Review. In his review, Daniel Gross writes: “Professor Frank deftly updates the argument for our current gilded age. The rise of… Continue reading

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Links for 2007-08-04 [del.icio.us]

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Links for 2007-08-03 [del.icio.us]

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