Ces derniers jours ont été riches en actu pour le livre à Marseille. Tout a commencé pour moi jeudi 25/10 par une conférence sur l"'Attitude, manifeste et éthique hacker" organisée par l'association "Les rencontres place publique" dans le cadre d'une série de débats sous le signe de la "Hackulturation", avec en guest star McKenzie Wark, auteur d'"Un manifeste hacker" édité en français par
Crititalsecret.
Ex-journaliste en Australie, aujourd'hui professeur de fac à New-York, ce Mckenzie s'est illustré dans les années 90 en participant à Nettime, un collectif de listes de discussion sur les médias , et à son anthologie, "Read Me! Asii Culture and the Revenge of Knowledge", un livre de 556 pages publié par Autonomedia à New York en 1999. La thèse de son manifeste, inspiré par le courant situationniste et Debord (qu'il cite d'ailleurs), est, très grossièrement résumée que la classe des vectoralistes, détenteurs de la propriété intellectuelle, a pris désormais le pas sur la classe des capitalistes comme classe dominante, s'enrichissant du travail intellectuel de la classe hacker, comme hier la classe des capitalistes du travail physique de la classe ouvrière. Je n'ai pas tout à fait fini de lire et reviendrai peut-être sur le sujet dans un autre billet.
Ca a continué le samedi 27 avec une autre conférence "La culture libre peut-elle briser la chaîne du livre?", organisée par les mêmes, qui était en réalité mon principal sujet d'intérêt. Malgré la qualité des interventions notamment d'Aliette Guibert, l'éditrice de Wark, et d'
Alain Giffard, spécialiste des technologies de l'écrit, j'avoue que je suis restée sur ma faim. Rien ou presque sur la question du droit d'auteur, des creative commons, des nouvelles formes d'écriture collaborative et pas le moindre mot sur les technologies libres pour écrire, mettre en page, diffuser le livre. Les intervenants se sont polarisés sur la question de la disparition du livre en tant qu'objet considérant qu'elle entrainerait la disparition de la culture savante, résumé là encore très grossièrement, un point de vue contre lequel je m'inscris en faux, le livre, pris au sens de son contenu (l'expression écrite d'une pensée) n'étant pas réductible ni à son contenant (le support livre papier), ni à à son mode de production (plume, stylo bille, machine à écrire, ordinateur)... mais j'arrête là car sur cette question je pourrais être très longue!
Le mardi 30 c'est le festival
MAIN demoparty, une série de manifestations autour des cultures numériques, notamment musicales avec le Data Airlines Festival qui a repris le flambeau avec une conférence sur "les enjeux du livre, de l'encre et du papier électronique". Faute de programme, j'ai raté malheureusement la conférence de Fabrice Papy, maître de conférences à Paris 8 et responsable du groupe "
document numérique et usages" mais par chance pas celle de
Bruno Rives, consultant au sein de la société Tebaldo à l'origine notamment de la version e-papier des Echos dont l'érudition (passionnant parallèle entre le boom de l'écrit à la Renaissance, avec l'invention de l'imprimerie bien sûr mais aussi l'impression en langue "vulgaire" et la situation actuelle où les possibilités technologiques pourraient aussi permettre à de nouveaux types d'écrit qui n'ont pas aujourd'hui de "rentabilité" de voir le jour), la vision très concrète de l'évolution du marché (développement d'e-readers dédiés à des contenus et/ou des usages au détriment des e-readers "généralistes", forte présence chinoise où les éditeurs ont l'obligation de sortir une version numérique de chaque livre papier) et les prototypes d-ebooks et e-ink m'ont tout à la fois enchantée, déconcertée, fait réfléchir...
Enfin, ca s'est (provisoirement) terminé mercredi 31 avec le 1er
Barcamp marseillais co-organisé avec
la Fing avec beaucoup de monde et un atelier sur le livre où Alain Giffard reservait le couvert avec Ward. J'ai résisté à la tentation, ainsi qu'à celle de rejoindre Hubert Guillaud qui phosphorait sur le web local, pour m'intéresser aux interfaces innovantes pour les minots avec Denis Pansu et je n'ai pas regretté.
En rédigeant ces lignes, je réalise aussi que c'est une certaine géographie de Marseille qui se dessine ainsi. Si j'avais intégré à mon texte carte et photos, on aurait voyagé de la très belle Vieille Charité, au coeur du panier, à la somptueuse bibliothèque de l'Alcazar à deux pas du vieux Port jusqu'au très branché cours Julien. Je repense au propos de Bruno Rives sur la possibilité désormais offerte par GoogleBook de coupler le contenu d'un livre à Google Maps pour en avoir une lecture géolocalisée en quelque sorte. Citant l' exemple de l"Histoire du déclin et de la chute de l'empire" de Gibbon si je ne me trompe pas (en fait il a parlé du thème du livre sans citer le titre, ni l'auteur), il expliquait que cette application permettait de mettre en évidence en un coup d'oeil le rôle joué par le déclin des mines de Scandinavie qui fournissaient du fer pour les armées romaines dans le déclin de l'empire lui même. Une somme de plusieurs milliers de pages que j'ai lu il y une dizaine d'années en passant à côté de cet aspect...
J'ai bien l'impression que la conférence de Bruno Rives n'a pas fini de m'ouvrir de nouvelles perspectives!
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